home bbs files messages ]

Forums before death by AOL, social media and spammers... "We can't have nice things"

   soc.culture.france      More than just arrogance and bland food      5,648 messages   

[   << oldest   |   < older   |   list   |   newer >   |   newest >>   ]

   Message 5,376 of 5,648   
   strixbubo to All   
   La bombe méthane est amorcée   
   28 Sep 08 10:23:25   
   
   From: strixbubo***@skynet.be   
      
   Le Devoir, 25 septembre 2008   
   Louis  Gilles Francoeur   
      
   Pour la première fois, une équipe de scientifiques a pu noter et   
   mesurer la libération de millions de tonnes d'hydrures de méthane,   
   enfouies dans le permafrost sous-marin de l'Arctique, un phénomène que   
   les théoriciens du climat appréhendaient parce qu'il pourrait rendre   
   incontrôlable le réchauffement du climat par des apports de gaz à   
   effet de serre inimaginables jusqu'ici.   
      
   La nouvelle a été publiée hier par le journal britannique The   
   Independant à partir d'informations transmises par une équipe de   
   chercheurs suédois en mission sur le navire de recherche russe, le   
   Jacob Smirnitskyi.   
      
   Orjan Gustafsson, de l'Université de Stockholm, a écrit un courriel au   
   journal britannique dans lequel il fait état de la découverte d'une   
   vaste zone de libération de méthane sous-marin.   
      
   Jusqu'ici, les chercheurs avaient identifié des zones des océans   
   arctiques où on trouvait d'inquiétantes concentrations de méthane   
   dissous dans l'eau.   
      
   «Mais hier, a écrit Orjan Gustafsson, pour la première fois, nous   
   avons identifié un champ de relargage où les émissions étaient si   
   intenses que le méthane n'avait pas le temps de se dissoudre dans   
   l'eau de mer et qu'il atteignait plutôt la surface en grosses bulles.   
   Ces cheminées de méthane ont été localisées avec un écho-sondeur et   
   avec des instruments de détection sismiques.»   
      
   À certains endroits, les concentrations atmosphériques dépassaient de   
   plus de 100 fois les concentrations dites du «bruit de fond» naturel.   
   Partout où les chercheurs en ont trouvé, soit plus particulièrement   
   dans l'est de la mer de Sibérie et dans la mer Laptev, les zones de   
   relargage couvraient non pas des dizaines, mais des milliers de   
   kilomètres carrés.   
      
   Personne, ont précisé les chercheurs, ne peut dire, faute de relevés   
   exhaustifs, quelle est actuellement l'importance de cette libération   
   de méthane dans l'atmosphère terrestre, mais un scientifique russe,   
   qui a étudié cette année le plateau sibérien et qui prépare un article   
   scientifique pour l'Union géophysique américaine, Igor Semiletov, de   
   l'Académie russe des sciences, a déclaré au journal britannique qu'il   
   n'avait pas décelé de concentrations élevées de méthane dans les eaux   
   de ces mers au cours de la dizaine d'expéditions qu'il y a faites   
   depuis les années 1990.   
      
   Mais, a-t-il précisé, le nombre de points de relargage a été multiplié   
   par cinq depuis 2003, ce que confirment les relevés de l'équipe   
   suédoise sur le Jacob Smirnitskyi.   
      
   La communauté scientifique s'inquiète, d'autant plus de cette   
   libération de méthane que ce gaz est de 20 à 22 fois plus actif comme   
   gaz à effet de serre que le gaz carbonique. Or, les quantités de   
   méthane stockées sous les fonds sous-marins de l'Arctique   
   dépasseraient en importance la totalité du carbone contenu dans les   
   réserves mondiales de charbon, le combustible fossile le plus abondant   
   sur la planète jusqu'à présent.   
      
   Une bombe à retardement   
      
   Rejoint hier à ses bureaux de l'Institut des sciences de la mer de   
   Rimouski, le professeur Émilien Pelletier, chimiste et écotoxicologue   
   marin, voit dans ce phénomène «l'extension en milieu marin de ce qui   
   se passe dans le permafrost terrestre». Si les constats des   
   scientifiques suédois annoncent le début d'un dégel du permafrost   
   sous-marin, dit-il, l'humanité doit s'attendre à une libération   
   massive de gaz à effet de serre susceptible de lancer le climat dans   
   un changement potentiellement irréversible.   
      
   Les hydrates de méthane, dit-il, sont présentes dans plusieurs grandes   
   mers. Sous l'effet des eaux très froides et aux pressions   
   inimaginables des grandes profondeurs, le fonds, le méthane s'y   
   solidifie parfois sous forme d'énormes cristaux. Des sociétés   
   commerciales cherchent même à exploiter ces combustibles stockés à   
   grande profondeur.   
      
   Dans les mers arctique, un autre phénomène semble se produire, dit-il,   
   d'après les constats rapportés par The Independant.   
      
   Il y a «quelque» millions d'années, explique le professeur Pelletier,   
   le continent arctique était émergé. À l'île d'Elsemere, on trouve   
   d'ailleurs aujourd'hui une forêt ancienne totalement fossilisée, que   
   fréquentaient sans doute des dinosaures. Puis survint la grande   
   glaciation, la dernière, qui a gelé les sols de l'Arctique en   
   profondeur au point qu'il n'a pas dégelé, même quand ce territoire a   
   été de nouveau enseveli par la mer. La pression et le grand froid qui   
   sévit dans ces eaux glacées -- souvent liquides même à quelques degrés   
   sous notre point de congélation à cause de la salinité -- ont gardé   
   étanche le fonds marin, agissant comme un couvercle de marmite sur le   
   méthane présent dans le permafrost engendré par la dernière   
   glaciation.   
      
   Pour le professeur Pelletier, les constats de l'équipe suédoise   
   semblent indiquer que certaines zones des mers arctiques se perforent   
   par endroits, créant des cheminées par où le méthane s'échappe vers la   
   surface. Le phénomène n'est pas différent, dit-il, de ce qui se passe   
   dans le permafrost terrestre, qui ne dégèle pas partout également.   
      
   Il suffit, ajoute Émilien Pelletier, d'un changement de quelques   
   dixièmes de degrés centigrades pour amorcer le relarguage d'un gaz   
   solidifié comme le méthane. Cette hausse pourrait s'expliquer par les   
   apports croissant d'eau douce en provenance des rivières russes, une   
   hypothèse avancée par les chercheurs suédois. Et toute cette eau,   
   dit-il, résulte de la fonte accélérée du permafrost. Quant au méthane   
   ainsi libéré, il va lui-même accélérer le réchauffement du climat, qui   
   va faire fondre plus rapidement le reste du permafrost, ce qui   
   pourrait enclencher une «réaction en boucle fatale» pour le climat, à   
   laquelle s'ajoute l'impact sur la température de l'océan d'une calotte   
   polaire de plus en plus petite.   
      
   Au fond, dit-il, ce qui se passe, c'est une extension -- jusqu'ici   
   théorique -- du dégel du permafrost terrestre jusqu'aux milieux marin,   
   ce que les modèles prévisionnels n'ont pas inclus dans leurs calculs.   
   Les surprises, à son avis, pourraient s'avérer «potentiellement   
   catastrophique» en raison de la magnitude des apports supplémentaires   
   en GES si le phénomène, marginal pour l'instant, devait s'étendre à la   
   plupart du sous-sol marin des mers arctiques.   
      
   --- SoupGate-Win32 v1.05   
    * Origin: you cannot sedate... all the things you hate (1:229/2)   

[   << oldest   |   < older   |   list   |   newer >   |   newest >>   ]


(c) 1994,  bbs@darkrealms.ca